Sommaire
Tous deux experts chaussée, Jean-Marie Deck et Rachid Tantast nous expliquent comment concilier vision à long terme et contraintes locales. Ils nous éclairent davantage sur les enjeux de l’entretien des infrastructures routières et la notion de maintenance préventive.
Retrouvez l’interview vidéo à la fin de cet article !
Présentation parcours
Pouvez-vous vous présenter ?
Jean-Marie Deck :
« Jean-Marie Deck, j’ai une trentaine d’années d’expérience dans l’écosystème routier et autoroutier et mon rôle au sein de Logiroad, c’est d’apporter mon expertise, en interne pour les équipes, et pour les gestionnaires. Une expertise qui est globale, à la fois sur les techniques, mais aussi sur tous les aspects périphériques qui tournent autour de la gestion de patrimoine routier. »
Rachid Tantast :
« Rachid Tantast, j’ai près de 20 ans d’expérience dans le domaine de l’expertise routier. J’ai travaillé avec beaucoup de bureaux d’études avant de rejoindre Logiroad pour intervenir sur tout le parcours de la route, de l’auscultation jusqu’au dimensionnement des chaussées. Mon rôle aujourd’hui chez Logiroad, c’est d’accompagner les clients pour prendre les meilleures décisions pour l’entretien de leur patrimoine. »
Pouvez-vous vous présenter ?
Jean-Marie :
« Jean-Marie Deck, j’ai une trentaine d’années d’expérience dans l’écosystème routier et autoroutier et mon rôle au sein de Logiroad, c’est d’apporter mon expertise, en interne pour les équipes, et pour les gestionnaires. Une expertise qui est globale, à la fois sur les techniques, mais aussi sur tous les aspects périphériques qui tournent autour de la gestion de patrimoine routier. »
Rachid :
« Rachid Tantast, j’ai près de 20 ans d’expérience dans le domaine de l’expertise routier. J’ai travaillé avec beaucoup de bureaux d’études avant de rejoindre Logiroad pour intervenir sur tout le parcours de la route, de l’auscultation jusqu’au dimensionnement des chaussées. Mon rôle aujourd’hui chez Logiroad, c’est d’accompagner les clients pour prendre les meilleures décisions pour l’entretien de leur patrimoine. »
Pouvez-vous nous retracer votre parcours ?
Rachid :
« Je suis spécialisé dans l’électronique embarquée, plus précisément dans les matériels d’auscultation multi-capteurs : laser, lidar, caméra. Presque 20 après, je me retrouve toujours dans ce milieu, dans ce monde de la route, pour développer et accompagner les équipes, pour le développement de l’intelligence artificielle dans les détections des dégradations et leur analyse. »
Jean-Marie :
« Je commence par rentrer dans une entreprise de construction routière et je fais une première expérience de construction. S’en suivra des expériences d’abord dans un bureau d’étude, de contrôle et d’expertise, donc dimensionnement routier, puis enfin chez un gestionnaire d’infrastructures autoroutières. Et c’est là, que je prends différentes fonctions : gestion du patrimoine, puis gestion de trafic, puis enfin élaboration de l’ensemble des stratégies. C’est à cette occasion que je me confronte aux problématiques et aux difficultés d’élaborer des programmes de gestion de patrimoine. C’est également là, que je fais la connaissance de Philippe LEPERT, avec qui j’entame, il y a maintenant presque 15 ans, une collaboration de très longue haleine. »
L'enjeu de l'entretien routier aujourd'hui
Qu’est-ce qui rend la gestion d’un réseau routier complexe ?
Jean-Marie :
« La gestion d’un réseau routier est complexe car il faut répondre à plusieurs questions.
De quel réseau routier parle-t-on ? Quel est son périmètre, dans quel état est-il ? Dans quel état voulons-nous qu’il soit plus tard ? Sur quelle échéance de temps, avec quels moyens, où sont les priorités, où sont les contraintes… et l’ensemble de ces éléments-là, il faut en plus, les regarder sur du temps long, puisqu’on va parler sur des échéances, des fois, à plus de 10 ans. Donc, construire des raisonnements facilement compréhensibles, facilement communicables, permettant de réaliser des arbitrages pour un décideur, tout cela représente une complexité, et des fois, une difficulté. Donc notre objectif c’est d’intégrer tout ce raisonnement, pour fournir le résultat final. »
Rachid :
« La grande difficulté aujourd’hui aussi pour les gestionnaires reste le budget. Ils disposent de budgets contraints pour gérer de vastes réseaux routiers. À cette problématique de budget, se rajoute le vieillissement naturel des chaussées et des dégradations, l’impact du changement climatique, et la modification du trafic avec un accroissement du nombre de poids lourds sur le réseau. Face à cela, notre rôle est d’accompagner les gestionnaires, pour mieux hiérarchiser et prioriser leur budget afin de le consommer au bon endroit, au bon moment. »
Pourquoi cet enjeu est-il devenu central aujourd’hui pour les collectivités ?
Rachid :
« Aujourd’hui, ce que je disais précédemment avec les contraintes budgétaires, c’est qu’il faut absolument que les gestionnaires interviennent aux bons endroits, car le fait de reporter les travaux leur coûte beaucoup plus cher. Traiter que la surface et éviter les travaux structurels, c’est voir réapparaître des dégradations au bout de quelques mois ou quelques années. Et 1€ non investi, aujourd’hui, c’est plusieurs dizaines d’euros pour les années à venir. L’objectif final, c’est de trouver vraiment l’équilibre entre le budget, la gestion du réseau et la sécurité des usagers. »
Jean-Marie :
« Notre société s’est construite sur la circulation des biens et sur la circulation des personnes. Nos réseaux routiers, c’est une richesse collective. C’est une richesse que nous avons globalement hérité des générations précédentes et que nous empruntons aux générations à venir, donc l’entretien de ce réseau, c’est d’un intérêt premier pour notre pérennité. Ça c’est déjà un premier point. Ce réseau vieillit, ce réseau s’endommage. Ce réseau est utilisé, donc il s’use et il est important d’affecter des ressources nécessaires qui sont contraintes, mais c’est important d’affecter ces ressources aux zones qui le nécessitent le plus, sur notre réseau.
Donc pour un gestionnaire, surtout si le réseau commence à être élargi, il va avoir besoin d’anticiper quels sont les besoins de son réseau dans les prochaines années, de façon à arbitrer et à prévoir les sommes, les moyens nécessaires pour entretenir au bon moment, sachant que tout retard d’entretien amène des coûts. Soit des coûts de travaux supplémentaires, soit des coûts induits d’exploitation, lié à l’état de cette route. »
« L'objectif final, c'est de trouver vraiment l'équilibre entre le budget, la gestion du réseau et la sécurité des usagers. »
Rachid Tantast
Selon vous, qu’est-ce qui différencie une gestion “subie” d’une gestion patrimoniale bien pilotée ?
Jean-Marie :
« J’ai envie de prendre la métaphore ou l’image du bateau. Vous pouvez monter dans un bateau, prendre la mer et puis attendre d’être dans une tempête pour vous demander, maintenant comment on fait pour s’en sortir ? Vous allez dépenser beaucoup d’énergie, vous allez prendre beaucoup de risques, il n’est pas sûr que vous arriverez plus vite, voire il est à peu près sûr que vous arriverez plus tard à bon port. Ça c’est une gestion subie. Vous attendez d’avoir des problèmes pour réagir. Une gestion pilotée, c’est quelqu’un qui prend le bateau en ayant regardé la météo, en connaissant les caractéristiques de son bateau et du coup en anticipant pour éviter les zones de tempête. Pour une chaussée, ça veut dire que vous avez fait des diagnostics, que vous avez priorisé, et que vous avez hiérarchisé votre réseau et que du coup vous allez anticiper et réaliser des travaux avant la survenue de dégradations trop importantes qui impacteraient le bon fonctionnement du réseau et de la circulation. »
De la donnée à la décision
Comment abordez-vous un réseau au démarrage d’un projet ?
Rachid :
« Au démarrage d’un projet, déjà on échange beaucoup avec le client sur la hiérarchisation de leur réseau, les travaux qu’ils ont l’habitude de réaliser et leur technique d’entretien. On organise une collecte, on envoie nos matériels d’auscultation sur le terrain pour collecter des dégradations, et suite à ça, on a nos outils aujourd’hui qui nous permettent de détecter des dégradations via l’intelligence artificielle avec des contrôles pour valider ces dégradations.
Notre rôle après là-dessus, c’est d’analyser l’origine des dégradations pour orienter le client sur des travaux structurels, ou sur seulement une réfection de la couche de roulement, qui ne se retrouvent pas avec les mêmes coûts d’entretien. »
Jean-Marie :
« Un point d’attention que nous avons sur le démarrage de chaque étude, c’est que c’est une aventure humaine. C’est à dire qu’en face de nous, nous avons des décideurs, nous avons des responsables techniques, nous avons des gens qui ont des problématiques qui sont spécifiques à leur réseau. Et c’est le temps et l’énergie que nous allons consacrer avec eux, à bien comprendre leur contexte, qui va rendre les résultats finaux que nous leur produirons, pertinents. »
Comment passe-t-on du diagnostic terrain à une décision d’entretien ?
Rachid :
« Nous croisons toutes les données collectées pour sortir des solutions de travaux qui sont adaptées au besoin du gestionnaire, mais également adaptées aux entreprises qui interviennent dans son territoire. L’objectif final ce n’est pas de de lui imposer une solution standard, mais c’est de l’accompagner vraiment pour appliquer des solutions durables et pertinentes. »
Simulations de vieillissement des chaussées, lois d’effets des travaux, comment cela fonctionne ?
Jean-Marie :
« On va être sur une réflexion sur le temps long. Il va falloir partir de la situation initiale, avec les relevés de dégradations, et faire vieillir cette situation pour simuler l’évolution, année après année. Simuler à la fois des entretiens qui seront proposés, et leur impact sur les dégradations, mais également l’évolution des dégradations qui n’ont pas fait l’objet de travaux, et donc qui vont continuer à évoluer, ainsi que l’apparition de futures dégradations sur des sections qui n’ont pas encore de dégradation, au moment où les relevés ont été faits. C’est là que nous utilisons toute la recherche qui a été initialement pilotée par Philippe LEPERT, par plusieurs thèses et que nous avons complétée, nous, avec toute l’expertise développée par toutes les interventions que nous avons faites, chez tous les gestionnaires, pour approcher au plus près l’évolution, donc le vieillissement des dégradations et les lois d’effet des travaux sur ces dégradations. C’est l’application de l’ensemble de ces simulations, qui nous permet d’approcher une projection raisonnable de l’évolution d’un réseau routier, et de l’évolution de son état sur plusieurs années. »
« C'est l'application de l'ensemble de ces simulations, qui nous permet d'approcher une projection raisonnable de l'évolution d'un réseau routier, et de l'évolution de son état sur plusieurs années. »
Jean-Marie Deck
En quoi les solutions Logiroad ont changé votre manière d’accompagner les gestionnaires ?
Rachid :
« Avant, les gestionnaires avaient des données dispersées dans le tableau Excel, des schémas itinéraires, des shapefiles. C’était compliqué pour eux de regrouper toutes ces données pour les visualiser. Mais aujourd’hui avec Logiroad Center, cela nous permet vraiment de centraliser toutes ces données, sur la même plateforme. Et ça permet également au gestionnaire d’avoir une vision globale sur les dégradations collectées, la notation de son réseau, les préconisations de travaux, et ainsi les photos collectées sur le terrain. Cela va lui permet aussi plus facilement de suivre son budget et de hiérarchiser et prioriser ses zones de travaux. »
Jean-Marie :
« Les solutions logicielles historiques de Logiroad s’adressaient principalement à des très gros gestionnaires, qui avaient des compétences, qui avaient du temps, qui avaient des personnes prêtes à s’investir sur ces outils. C’étaient des outils très complets, ce sont d’ailleurs toujours des outils très complets mais qui nécessitaient un temps d’utilisation et un temps d’investissement important. Ces outils sont ceux qui permettaient une approche et une modélisation complète des réseaux.
Ce que nous avons voulu avec Logiroad Center, c’est rendre toute cette compétence accessible pour des gestionnaires qui ont moins de disponibilité, moins de compétences éventuellement disponibles parce que déjà occupés sur d’autres sujets.
Le virage qui a été pris en développant Logiroad Center, c’est de leur permettre d’avoir un outil facile d’utilisation dans lequel ils vont retrouver l’ensemble des informations nécessaires pour les aider à leur prise de décision. »
Cas client
Avez-vous un exemple de mission qui vous a particulièrement marqué ?
Jean-Marie :
« Une grosse collectivité récente nous a contacté pour obtenir un diagnostic et une programmation de leurs travaux d’entretien. Ils avaient une vision très lacunaire de l’état de leur réseau et une fois le diagnostic réalisé, nous faisons une première présentation, et là nous arrivons sur un constat d’incompréhension de la part du gestionnaire qui ne s’attendait pas du tout à ce résultat. Il pensait que son réseau était dans un état très dégradé, et nous, nous montrons que son réseau globalement n’est pas dans un état dégradé. Nous prenons du temps avec lui pour valider, vérifier, construire et avec un peu de doute, il finit par s’emparer de ces résultats pour les présenter. Et il va revenir vers nous peu de temps après, en nous confirmant que l’objectivité du travail leur a permis de franchir un cap dans la discussion qu’ils avaient tous ensemble, puisque c’était une réunion de plusieurs communes au sein d’une communauté de communes. Ils avaient pris acte de l’état actuel et avait pu se projeter sur les actions à venir. Ce jour-là, cela nous a vraiment confirmé déjà l’importance de ce qu’on pouvait apporter à un gestionnaire, l’importance de la qualité du diagnostic initial, et l’importance de toute cette discussion en amont pour comprendre dans quel contexte le gestionnaire nous demande de l’accompagner. »
Pouvez-vous résumer l’approche de Logiroad en une phrase ?
Rachid : « Mettre l’expertise chaussée et la donnée au service de décisions d’entretien plus durables et plus efficaces. »
Jean-Marie : « Simplifier la technique pour rendre les décideurs capables d’arbitrer. »
Chaque projet est unique.
Parlons-en ensemble.